Une vie à toute allure
Voilà maintenant quatre années que ce planisphère est fixé au-dessus de mon bureau, quatre
années que je contemple l'itinéraire que j'y ai tracé, quatre années que je relis ces quelques mots:
« 31000 kms, 23 pays, 12 mois, 1 rêve: départ août 2010 ».
Je suis entré à l'Institut National des Sciences Appliquées de Lyon en septembre 2004.
Sportif de haut niveau (volley-ball), l'INSA de Lyon m'a donné la possibilité de mener de front mes
études d'ingénieur et ma carrière sportive. Durant six années j'ai partagé mon temps entre les cours,
les entraînements et les compétitions. Ce rythme effréné dû à l'association d'études supérieures avec
le sport de haut niveau ne m'a laissé que très peu de temps libre pour découvrir le monde.

Certes, la pratique du volley-ball m'a donné l'occasion de voyager et de rencontrer des gens
de différents horizons. Mais disputer une compétition à l'étranger ne permet pas de visiter le pays.
Le séjour se déroule, entre le repos à l'hôtel, les entraînements, les matches... Tout est pensé et
minuté dans un objectif de performance.
Les stages en entreprise que j'ai effectués au cours de ma scolarité m'ont montré que cette
intensité allait s'accentuer avec mon entrée dans la vie active. L'exercice du métier d'ingénieur
implique en effet une grande disponibilité et des responsabilités. Cette vie professionnelle stressante
nerveusement et mentalement n'en est pas moins passionnante. Mais elle ne laisse pas une grande
place au voyage et à la découverte.
Le voyage comme transition
L'obtention du diplôme constitue un véritable changement. Le statut d'étudiant laisse place à
celui d'actif. Il s'accompagne de nouvelles responsabilités, de nouvelles perspectives, de nouvelles
ambitions. J'aimerais pouvoir me lancer dans ma carrière professionnelle sereinement. Pour moi
cela passe par la réalisation de ce voyage autour du monde.
Ce périple ne s'inscrit en aucun cas dans la recherche d'une performance sportive ou d'une
quelconque reconnaissance. Je veux faire ce voyage parce que j'aime vivre simplement, auprès de la
nature, parce que j'aime découvrir de nouveaux paysages et rencontrer de nouvelles personnes,
parce que j'aime m'ouvrir à de nouvelles cultures et apprendre d'autre langues. La réalisation de ce
tour du monde à vélo est une nécessité que je ressens. Il doit être l'occasion de faire une pause entre
une vie étudiante qui a été intense et une vie professionnelle et familiale que j'aimerais pleine et
sans concession.
Je suis convaincu que ce tour du monde constituera une véritable expérience pour ma future
vie professionnelle. Au cours de ces 12 mois passés sur les routes du monde, je serai confronté à des
moments de doutes et à des conditions difficiles. Il faudra alors rapidement analyser la situation
pour prendre les bonnes décisions. Cette prise de risque calculée se retrouve dans l'exercice du
métier d'ingénieur. Le voyage est une véritable école de la vie. S'il ne représente pas une période
productive au sens premier du terme, il permet d'acquérir de l'expérience et de se forger une grande
force mentale, des qualités essentielles à l'ingénieur.
Le vélo, tellement plus qu'un simple moyen de locomotion
Écologique, économique, silencieux, maniable, excellent pour la santé... Depuis quelques
années le vélo est à la mode. De plus en plus de grandes villes proposent même des vélos en libre
service. Qu'ils soient en costard, en tailleur ou en blue jeans, la bicyclette citadine possède ses
adeptes. Sa cousine cyclosportive a elle aussi ses fans. Quel que soit le temps, de nombreux
cyclistes envahissent les routes chaque week-end pour une sortie de quelques dizaines de
kilomètres. Mais il s'agit là de parcours d'une journée maximum. Le vélo reste un sport ou un
moyen de locomotion associé aux petites distances. Il n'est pas souvent choisi comme le mode de
déplacement pour un voyage au long cours. La bicyclette est pourtant parfaitement adaptée aux
évasions lointaines.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la vitesse limitée qu'autorise le vélo est un atout.
La voiture et l'avion permettent un déplacement rapide. En quelques heures, les passagers se
retrouvent propulsés d'un environnement à un autre. La brutalité du changement amplifie la distance
séparant ces deux lieux. Le vélo en revanche permet un déplacement à vitesse humaine. Alors qu'un
véhicule motorisé traverse un paysage, un vélo l'intègre. Juché sur sa selle, le cyclotouriste voit les
paysages et les visages évoluer doucement. Il n'y a pas de rupture dans la découverte. Cette
continuité raccourcit considérablement les distances. Armé de passion et de patience, le voyageur à
vélo est libre et autonome. Il peut aller aussi loin que bon lui semble, comme un enfant.
Le vélo est d'ailleurs très souvent le véhicule de l'enfance. Dans tous les pays du monde, les
enfants apprennent à marcher puis ils apprennent à faire du vélo. La bicyclette reste leur unique
moyen de locomotion jusqu'à ce qu'ils obtiennent le permis de conduire. En apprenant à faire du
vélo, ils agrandissent le territoire qu'ils peuvent explorer. La montagne qui semblait si lointaine
devient accessible.
Chaque individu a un jour possédé un vélo. La vue d'une bicyclette fait remonter en nous un
certain nombre de souvenirs qui nous font nous sentir plus proche du cycliste. Mais si en plus le
vélo a des bagages et vient de loin, alors l'envie de parler avec le voyageur est immense: d'où vientil,
où va-t-il, depuis combien de temps est-il sur la route, comment sont les montagnes situées
derrière l'horizon, est-ce que le soleil est aussi chaud « là-bas »...
Si beaucoup d'Hommes rêvent de voyager, très peu ont la chance de pouvoir partir. Le
voyageur est un privilégié. Véritable trait d'union entre les Hommes, il se doit de partager son
expérience. Le vélo est un des rares moyens de locomotion à permettre cela.
Ces quelques lignes retranscrivent les motivations majeures de mon voyage à vélo durant
une année sur les routes du monde. J'ai établi mon itinéraire et fait la liste du matériel nécessaire à
mon périple. Je continue d'acquérir de l'expérience lors de mes sorties cyclistes et j'améliore mes
qualités de mécano dès que l'occasion se présente. Je ne possède pas encore la totalité du budget
nécessaire à la réalisation de mon voyage et parfois le doute m'envahit. Il est rapidement effacé par
mon enthousiasme.
Partir à vélo durant une année est un pari osé. Aider financièrement un jeune ingénieur dans
une telle entreprise demande réflexion. Mais l'inconnu qui entoure un grand projet ne doit pas être
un frein à sa réalisation. Sénèque le disait il y a plusieurs siècles:
« Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, mais c'est parce que nous
n'osons pas qu'elles sont difficiles »
Cet itinéraire a été choisi en tenant compte des conditions météorologiques et des conflits
géopolitiques actuels. Il pourra être légèrement modifié en cours de route afin de s'adapter à la
situation du moment.
Le départ est prévu début août 2010 depuis Marseille (Bouches-du-Rhône).