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Accueil > Les axes de recherche de l'équipe STOICA

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Le Projet de Recherche

L’activité de recherche de l’équipe STOICA, centrée autour de la question de la technologie, vise à s’interroger sur la possibilité d’édifier la Technologie comme science de la technique. Cette Technologie pense la technique, non comme une application de la science mais comme la possibilité d’une science elle-même. Nous faisons l’hypothèse que la Technologie n’est pas seulement, comme l’avance André-Georges Haudricourt, une science humaine mais une science de l’agir humain. Plus encore, nos recherches sur la conception des artefacts conduisent à penser la Technologie comme science de l’agir créatif.
La Techno-logie, ainsi conçue, permet notamment de réinterroger le lien de la technique et de la science, de la technique et du langage et de redéfinir la cartographie des savoirs tout comme la formation de l’ingénieur. Le projet de recherche de l’équipe STOICA s’articule autour de deux axes :
L’axe technique et langage vise à penser la technique comme objet de langage et de récit qui engage des représentations spécifiques.
L’axe sciences de la conception interroge la conception de la technique en considérant celle-ci comme le produit d’un agir créatif.

Axe 1 - Technique et langage
Programme 1 – technologiques
Programme 2 – technologie : représentation et discours

 

Axe 2 – Sciences de la conception
Programme 1 – conception/innovation
Programme 2 – conception et créativité
Programme 3 – Ingénierie philosophique

 

 


Synopsis du projet de recherche de l’équipe STOICA

 


En outre, les deux axes de recherche de l’équipe permettent d’élaborer, de manière transversale, une science de l’agir. Nos recherches en cours montrent que la conception des objets techniques relève d’une rationalité particulière qui lie le dire et le faire et institue un mode particulier de l’agir que nous définissons comme agir créatif.
Ces deux axes conduisent également à ouvrir un champ de recherche inédit : celui des recherches en SHS dans les écoles d’ingénieurs. L’organisation du colloque « Les recherches en SHS dans les écoles d’ingénieurs les 28 et 29 juin 2006 a confirmé l’hypothèse qu’il y a l’espace dans les écoles d’ingénieurs pour une recherche en SHS, originale, spécifique, multiple, tant par sa méthode, faite d’adaptation à des situations locales et d’« ingéniosité » que par le retournement épistémologique auquel elle procède (on ne part plus de la discipline, des références cognitives qui la fondent mais d’un objet transverse à construire, c’est-à-dire à penser).

 

 

 

PRESENTATION DETAILLEE DU PROGRAMME DE RECHERCHE

 

 

Axe 1 - Technique et langage

Programme 1 - Technologiques

La technique réfère au langage, au récit qui la met en forme, l’institue symboliquement.
Il est ainsi concevable de penser les objets techniques non pas seulement comme artefacts, mais comme objets de langage, de récits et de représentations. Nous définirons ainsi la technique comme une « techno-logie » ouvrant un espace de récits (littéraires, communicationnels, philosophiques, scientifiques...), que nous avons d’ailleurs nommés "les technologiques" (Faucheux, 2005) par référence à l’entreprise des Mythologiques de Claude Lévi-Strauss.
Nous visons donc à étudier le processus par lequel la technique s'idéalise, est symbolisée à travers des fictions, des mythes, des récits qui traversent et organisent les discours, autrement dit comment la technique est vecteur de médiation symbolique.
Nous sommes ainsi conduits à interroger la valeur cognitive du récit et à nous demander si le littéraire ne peut être pensé comme une catégorie de la connaissance. L’entreprise des technologiques ouvre la voie à une anthropologie du récit qui ouvre un nouveau jour sur l’analyse du processus de conception technique, traçant un lien peu aperçu entre langage et conception. (travaux menés dans le cadre du cluster 14 et d’un Bonus Qualité Recherche)

-Le programme de recherche des « technologiques » sera abordé à partir de l’œuvre de Norbert Wiener. En effet, celui-ci place explicitement la cybernétique dont il est le fondateur sous le signe du mythe du Golem. Ce mythe donne à la cybernétique (du grec kubernetes : « pilote de navire ») un statut symbolique particulier. Nous essaierons de nous demander en quoi ce mythe, fait partie intégrante de l’entreprise cybernétique qu’il médiatise socialement, jouant alors un rôle institutif, mais aussi qu’il interroge, de l’intérieur en quelque sorte, éprouvant par le biais du symbole, les implications du processus de conception, parachevant le processus de conception dans l’ordre d’une virtualité symbolique.


Programme 2 – Technologie : représentation et discours

En complément de l’étude de la relation entre technique et langage , il convient aussi de ne pas évacuer un travail sur les représentations. Ainsi, nous étudierons les représentations que les discours offrent de la technique. En ce sens, la technologie ici abordée est donc celle du discours à propos de la technique, discours dont les rapprochements avec une science sont à discuter (Jeanneret, 2002 ; Séris, 2000). Ce dernier est souvent analysé afin de mettre à jour soit la technophilie ou la technophobie qu’il véhicule. Pour nous, il s’agira davantage d’étudier la place de la technique, ses acteurs, ses objets, ses pratiques, les récits, fictions et mythes qui l’accompagnent et de les replacer dans leur contexte de production et de réception.
Dans le cadre du cluster 14 (axe 5) de la région Rhône-Alpes, ou d’un BQR au sein de l’INSA, nous privilégions l’analyse de la « technologie » telle qu’elle est représentée, mise en scène dans les discours des écoles d’ingénieurs et plus particulièrement leur documents de présentation. Il s’agit au fond d’explorer deux pistes :

- la première concerne la manière dont une organisation telle que l’école d’ingénieurs communique sur la technique. La représentation peut en effet privilégier la rationalité et l’efficacité ou privilégier la dimension du rêve et de l’imaginaire. Il s’agit pour nous de mieux comprendre cet arbitrage entre deux nécessités communicationnelles fortes (pour « dire » la technique, mais aussi pour « dire » et valoriser l’organisation). Cette dimension vient également compléter le programme 1 consacré au récit puisque nous étudions la part narrative contenue dans les outils de communication publiés par les écoles. Ainsi, nous analysons comment le récit s’articule dans les outils de communication des écoles d’ingénieurs et comment son utilisation prend du sens dans le message transmis par l’organisation qui communique. Notre corpus de travail comprend les plaquettes de présentation des écoles d’ingénieurs en Rhône-Alpes.
Cette première piste permet également d’aborder le rôle de l’image dans la représentation des techniques par les écoles d’ingénieurs. En effet, à travers une étude descriptive et interprétative des images et des contenus qu’elles véhiculent, nous abordons la problématique du lien entre mythe/technique, imaginaire/technique. Nous tenterons également de voir s’il existe une « imagerie » technique spécifique qui se différencierait d’une imagerie scientifique.

- la seconde piste concerne le « statut » que les écoles d’ingénieurs assignent à la technique et la manière dont on peut alors définir la technologie: assimilation de la technique à une science appliquée ou définition de la technique comme objet scientifique ? Peut-on parler d’ingéniosité (la ruse de lingénieur) et si oui, comment est-elle représentée par les écoles d’ingénieurs ? Cette piste s’inscrit davantage dans un travail monographique consacré à l’INSA de Lyon.

Dans le cadre des journées sur les liens entre Technique et récit et à la suite d’une première journée en mars 2008, nous organiserons une journée sur la dimension représentative du récit pour « dire » la technique, en 2009.

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Axe 2 – Sciences de la conception

Programme 1 – conception/innovation

L’analyse économique de l'innovation, après s’être déplacée de l’analyse de l’innovation en tant que résultat à celle de l'innovation comme processus, a opéré un second glissement avec les travaux de S. Kline et N. Rosenberg (1986) de l’analyse du processus d’innovation en termes de recherche et développement à celle en termes de conception (Forest, 1999).
Outre le fait que ces travaux relativisent la place de la R&D, ils ouvrent des perspectives nouvelles en matière de management de l’innovation.
Ainsi, si lors d’une réunion extraordinaire du Conseil européen, en 2000, les Chefs d'Etat et de gouvernements ont, à Lisbonne, fixé un nouvel objectif pour l'Union dans la décennie : « ... devenir l'économie de la connaissance, la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable de croissance économique durable accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale », les travaux de recherche menés par l’équipe sur la conception semblent relativiser l’hypothèse selon laquelle il serait nécessaire d’être spatialement proche pour que le réseau d’acteurs de conception puisse être innovant.
Précisément, le décentrement de l’innovation à la conception semble à même d’apporter un éclairage nouveau sur les dynamiques spatiales de l’innovation en même temps qu’il pose la question de la nécessité de considérer non seulement la question de l’absorption et captation des connaissances mais aussi celle de leur production.
En effet, si les travaux sur la proximité partagent l’idée qu’il existe des externalités positives attachées à la diffusion des connaissances, elles sont de fait préexistantes et il s’agit d’absorber où de faciliter leur diffusion ; l’enjeu étant principalement de comprendre comment au sein d’une « zone économique » (appelée « cluster », « district »... voire « Pôle de compétitivité ») dans laquelle sont présentes et concentrées des connaissances technologiques celles-ci se transmettent (Massard et Mehier, 2004; 2005), et peuvent être absorbées pour alimenter le processus de conception.
Nos études de cas réalisées dans le cadre du cluster de recherche de la région Rhône Alpes GOSPI, couplées aux résultats issus de recherches centrées sur la conception, semblent indiquer que la question centrale n’est peut être pas tant celle de la circulation et captation de ces connaissances que celle de leur production.

 

Programme 2 – conception, rationalité ingénieuse et créativité

Les travaux de recherche sur la conception s’accordent pour dire que connaître un artefact c’est connaître son processus de conception ce qui, en d’autres termes, revient à souligner que l’objet de connaissance n’est pas l’artefact en tant que tel mais le « processus » qui a présidé à sa genèse.
En ce sens, l’analyse du processus de conception nous conduit à considérer la science de la conception comme une science humaine non au sens que lui donné Haudricourt mais une science de l’agir créatif qui établit une corrélation entre des phénomènes éloignés les uns des autres, sait prendre en compte l’imprévu, innover et non pas une pensée de l’expertise tournée vers l’application de modèles déjà appris. Cette question fonde un projet développé dans le cadre du cluster de recherche de la région Rhône Alpes ERSTU.
Accepter de considérer la science de la conception comme une science de la pensée créatrice, une science de «l’ingénieux » (Vico), réactualise le point de vue de Hans Joas selon lequel il est important de prendre en compte la dimension créative de l’agir humain.
Si on accepte l’idée selon laquelle les écoles d’ingénieurs ont pour vocation de former des ingénieurs ingénieux capables de développer des innovations alors nous faisons l’hypothèse qu’il est nécessaire de questionner la légitimité intellectuelle qui a consisté à fonder le modèle des écoles d'ingénieurs sur le paradigme des sciences d'analyse, disciplinaires et morcelant la connaissance et semble avoir évacué hors du champ des connaissances scientifiques les sciences de l'ingénieux. L'ingénieur ne serait-il pas en effet cet être ingénieux qui, doué d'intelligence rusée, mélange action et réflexion, dire et faire, conception et production, langage et technique ? (Faucheux, Forest, 2006).
Se pose également la question de mieux comprendre la genèse de la créativité en vue d’en proposer une théorisation.

 


Programme 3 – Ingénierie philosophique

Le thème de l’ingénierie philosophique a été très négligé, parce que les philosophes n’ont pas encore toujours vu l’importance de la modélisation dans le traitement des problèmes philosophies. En France, Alain Badiou a écrit un livre sur les modèles en 1969, qui a eu des effets non négligeables sur la recherche scientifique française. Mais dans son œuvre, la modélisation reste un élément non pertinent pour sa philosophie. Le seul philosophe qui développe la question de la modélisation dans la pratique philosophique est actuellement François Laruelle –avec quelques autres personnes qui s’inspirent de son œuvre. Nous aimerions compléter et accompagner ces travaux dans l’appréhension des nouvelles technologies.
Si les concepts de Canguilhem pouvaient suffire à penser les médicaments, pénicilline et autres, ils ne suffisent pas à aborder des problèmes actuels tels les ogm, le clonage, etc.…, où les questions pluridisciplinaires ont changé de niveau (voir BQR-INSA : « Nouvelles méthodes en éthique technologique » et DOGMATIS de l’ANR).
La question théorique est de comprendre sous quelles conditions on peut traiter les « traits pertinents » et invariants de la philosophie qui sont : transcendantal, a priori, empirique, réel et réel empirique, comme des paramètres et non comme des dimensions synthétiques. On verra que cette transformation suppose de reprendre les différences entre théorie et modèle non à l’occasion des sciences, mais dans la et les philosophie(s). Dans ce but, on transposera en philosophie ce qui a été fait dans l’épistémologie à propos de la modélisation, de la conception et de l’éthique technologique (cf. travaux d’Anne Françoise Schmid).
L’ingénierie philosophique est un travail transdisciplinaire qui permettra de nouer de nouvelles relations ou interactions entre les philosophies et les sciences. Nous verrons que, dans cette recherche, la notion de « virtuel » prendra une importance que l’on ne pouvait soupçonner il y a encore peu l’importance dans la théorisation de la philosophie Ce sera un pas vers la philo-fiction, avec des recoupements possibles avec les théories du récit développées dans STOICA.



 

 

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